mardi, avril 19, 2005

Des chaises, de la modernité et des hirondelles...

Il sort d'ici.
Le dos de plus en plus voûté (mais comme il part de loin avec ses 1m92 d'origine, ça n'en fait pas un nain rabougri ! On est de la race des géants, tous les deux...), de plus en plus de mal pour monter mes escaliers (il a enfin concédé que, oui, effectivement, il avait un problème de muscles des cuisses mais pas de genoux comme je le craignais).
Mais l'oeil tout pétillant d'avoir "bossé" avec sa fille en fragments.
On les a enfin finalisés ces articles sur l'école et les deuils au 18ème siècle à Pardies-Piétat, village de la Batbielle, piémont pyrénéen !
J'ai même eu droit aux remerciements par porteur spécial sur mes deux joues de ses copains béarnisants !
Ça tombait bien. J'avais mis ma poudre de riz préférée, celle parfumée au lys, et il m'a "humée" avec un grand sourire en me disant : "Dommage que je ne puisse pas leur raconter comme tu sens bon !"

Quelle bande quand même !
Comme ils se retrouvent en face de la maison sur le canal de l'un d'entre eux, lequel sort quelques sièges au soleil pour l'occasion, dans une contre-allée verdoyante face au gave, leurs concitoyens qui les connaissent tous depuis l'enfance les ont baptisés "Les Pères Lachaise"... totalement écroulée de rire quand Maman m'a dit ça !
Bande de la même génération, blanchie sous le harnais des luttes syndicales et politiques, de tous horizons professionnels - historien, ébéniste, médecin, agriculteur, instituteur ou autre - mais du même bois dont on fait les vieillards intelligents, vifs, jamais démotivés, jamais égoïstes...
Des pépés flingueurs, des vieux de la vieille...
Et comme l'un d'eux, à 81 ans, vient de se payer un ordi et internet, c'est Psyché qui fait passer les dossiers et les textes... je me demande si je ne vais pas leur monter un blog !
Vu la réaction de Papa quand je lui ai fait une petite démonstration de la chose (pas folle... je ne lui ai pas fourré le mien sous le nez !), ils seraient bien capables de plonger !

Ce qui m'amuse et m'attendrit aussi, c'est qu'en cela, mon Georges reprend la tradition familiale du côté de ma mère : mon grand-père maternel, Fernand, paysan et maréchal-ferrand dordognais, communiste avant les Russes !, et qui tenait "salon" dans sa forge les longues et chaudes soirées de l'été bergeraquois avec les hussards noirs de la République d'alors, l'instituteur, le pharmacien, le docteur et autres compagnons de son maquis de résistants, à discuter sans fin sur les bancs faits de ses mains, alignés le long des pierres chaudes des hauts murs, sous les solives qui abritaient une quantité invraissemblable de nids d'hirondelles dont le vacarme ne tempérait même pas leurs discussions acharnées...

Georges, devant l'informatique et Internet auxquels il ne comprend rien mais dont il a capté l'incroyable richesse d'informations à disponibilité quasi immédiate, il a les yeux qui brillent d'un éclat vif qui s'éteint bien vite, trop vite, dans un soupir... : "Mais ma chérie ! Si j'ai ça, je ne sors plus, je ne fais plus le jardin, je ne vais plus faire les courses... voire, je ne me couche même plus !"

Par moments, je me dis que je vais appeler mon frère et ma soeur pour leur souffler qu'on pourrait, à trois, lui offrir la totale.
Et puis, très vite, j'hésite...
Si ce n'était pas son désir ?
Si c'était un piège plus qu'une liberté ?
Si je me trompais sur la réalité de cette envie fugace que j'ai cru ressentir ?
Si ce n'était pas la pensée déchirante que je ne sais plus quoi faire pour lui procurer du plaisir ?
Si ce n'était pas parce que je me torture à l'idée qu'il puisse se sentir "trop vieux" pour ça ?
Que s'il renonce par avance c'est qu'il pense qu'il n'a plus le temps,... de toutes façons ?

J'arrête....
Je ne veux même plus y penser.
Pas ce soir.
Demain peut-être.
Même pas.
Demain non plus.
Ça me détruit bien plus sûrement que l'alcool, les cachets ou même les métastases.


Pouf, pouf... observons deux papillons... vite ! un truc léger !
Ah ! Au fait.... j'ai enfin ouvert le site free qui servira de réceptacle pour les radioblogs, donc, je vous ai remis les albums des mois de Janvier et de Mars, Piers Faccini et Damien Rice.
Celui de Mai est déjà prêt... mais je vous réserve la surprise...
Un indice ?... F.A.

PS : Ça tombe à l'instant ! C'est Ratzinger qui coiffe la mitre ! Je suis littéralement ra-vie... mais je vous expliquerai pourquoi plus tard... je vais encore me faire des copains, je le sens !

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