mercredi, avril 13, 2005

Touchez ma bosse, Monseigneur...

Et voilà ! m'x qui n'oublie rien ("je l'aurai un jour... je l'aurai") me rappelle que j'avais promis une critique du Lagardère de France 2...
C'est bien de moi, ça, m'avancer en terrain glissant et me vautrer sans la grâce d'une Sylvie Guillem !
D'autant qu'on ne peut pas dire que le sujet soit primordial ni qu'il mérite qu'on s'y attarde par nature.
Mais bon...

En fait, si j'y ai porté un intérêt qui semble bien incongru, c'est que ça touche à nos madeleines de Proust à tous...

J'ai été élévée dans une famille (et dans des temps...) où la télé n'était pas reine.
Je crois bien avoir attendu de quitter la maison familiale pour regarder la TV sans permission expresse, c'est dire !
Eh oui ! Ça a existé !
Le soir, après la vaisselle faite et essuyée en famille, les 3 gosses partaient dans leurs chambres respectives soit pour y travailler, soit pour y lire, soit pour y faire des tas de cochonneries...
Les programmes télé étaient régis par nos parents qui décidaient seuls si on pouvait regarder quelque chose.
Du coup, quand l'autorisation tombait (parfois plusieurs jours à l'avance), c'était une vraie fête !
La première fois, c'était pour Belphégor mais on était vraiment trop petits pour savourer. La seule chose dont je me souvienne, c'est de la trouille incontrôlable que mon frère et moi avions dès qu'on entrait dans une pièce un peu trop sombre.

La deuxième fois, c'était pour Lagardère... alors forcément, quand on est petiot et qu'on se prend Jean Piat, Sacha Pitoeff et Dominique Paturel dans les gencives, on se retrouve avec les mirettes pleines d'étoiles, des envies d'épées qu'on se fabrique dans des branches de noisetier, des entraînements incessants à percer le front ... du mimosa de Constantinople au fond du jardin.
Et on n'a pas une furieuse envie qu'on vous dénature votre beau souvenir !

Donc... le Lagardère nouveau...
La bonne surprise : l'interprétation.
En dehors de l'Aurore de Nevers qui jactait comme un titi parisien (moi, je suis désolée, mais des demoiselles de la Régence qui disent "je sais pas" au lieu de "je ne sais pas" et finissent leurs mots par un "euh" qui n'y a jamais été, genre "aloreuh"... je les soufflète de mon mépris le plus total, vindiou !), les autres étaient excellents. Vraiment.
Le Bruno Wolkowitch n'a pas fait honte, loin de là, à son prédécesseur. Il disait lui-même :"Je regardais le téléfilm avec Jean Piat quand j'étais petit et, à 11 ans, on m'a offert le roman."... comme quoi on n'était pas les seuls, mon frère et moi !
L'adaptation : ouais... Féval père et fils ne risquaient pas d'y retrouver leurs petits (surtout la fin ! Ils ont fait très très fort ! Hénauuuuuurme !) mais comme les précédentes ne respectaient pas plus la trame du "Bossu", on ne va pas chipoter.
Je me pose tout de même des questions quant au fait que les scénaristes aient refusé de faire tomber l'Aurore dans les bras de son Henri... Est-ce que parce qu'à notre époque d'obsession de la pédophilie, on n'arriverait pas à imaginer qu'un type qui a langé, bordé, talcqué les fesses d'une loupiote puisse l'épouser sans qu'il y ait quelque chose de trouble là-dedans ? Parce que je ne pense pas que ce soit la différence d'âge qui choque ! 17 ans, c'est rien ! Regardez Michael Douglas et Catherine Zeita-Jones ! Regardez Susan Sarandon et Tim Robbins !
Bon... c'est rare mais quand même...
Et puis on sait bien que le politically correct ambiant fait qu'on ne peut plus montrer de demoiselles parfaitement décoratives comme héroïnes et qu'on les transforme systématiquement en personnages agissants et portant culotte. On nous avait déjà fait le coup pour la fille de D'Artagnan...
La musique : bonne, hormis la scène du duel final, redondante, ronflante et ridicule même dans la mise en scène.
Décors et costumes : plutôt très bien. Plus réaliste quant à l'époque de la Régence.
Les personnages : je me suis surprise à bien aimer la version du vilain Gonzague, parce que même faussée par rapport à l'original, elle était extrêmement riche psychologiquement. Bon plan l'idée de ne pas en faire uniquement un prince "Avidadollar" mais un être torturé par d'autres désirs.

Donc, ça se regardait.
Ça n'était pas plus le vrai Bossu que les versions de Jean Piat ou de Jean Marais, mais ça se regardait.
Et ça n'a en rien détruit la version de mon enfance. C'était autre chose, tout simplement mais ça n'était pas "honteux".

Maintenant, il faudrait que j'aille fouiller le grenier de mes parents pour retrouver le 33T de Lagardère qu'on nous avait offert à mon frère et à moi et qu'on faisait tourner en boucle pendant des heures...

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