jeudi, novembre 04, 2004

"Nous recherchons votre correspondant..."

En panne de téléphone.
Et je ne sais même pas depuis quand ! Le dernier coup de fil que j'ai reçu doit dater du début d'après-midi, hier.
A part alerter deux connaissances par mail pour qu'ils joignent Telecom et signalent la panne.... rien fait de plus.

Mélange de sentiments.
A la fois, une sourde angoisse à l'idée de ne pas pouvoir joindre la maison familiale et avoir des nouvelles de Papa. L'angoisse qu'ILS angoissent, eux aussi. Il leur en faut si peu...
Mais aussi... plaisir.
Plaisir infini d'être coupée du monde même si tout est relatif. Je pourrais m'habiller et prendre ma voiture pour régler le problème : la périphérie de la cité n'est tout de même pas la Sibérie !
Sauf que je n'en ferai rien.
Que c'est un alibi de plus pour me lover au fond de mon trou.
Je serais bien capable de faire comme si de rien n'était et même de faire semblant de ne m'être rendu compte de rien, histoire de retarder encore un peu la réparation de ma ligne et prolonger le mutisme...
"La belle au bois dormant
A fermé les écoutilles
Elle hiberne
Elle hiberne

La réveillez pas
Laissez-la
La réveillez pas
Pas avant 2043"
Alors j'oscille une fois de plus entre délectation morbide et malaise culpabilisateur.
Et je laisse faire.
Laisse venir.
Laisse couler.
Laisse s'échapper.
Laisse plonger.
Laisse tomber.

mercredi, novembre 03, 2004

Compte à rebours


6h20 ce matin : j'éteins le PC après un hurlement de rage tonitruant quoiqu'intérieur (ne pas oublier que mon voisin de CRS a l'appel policier et le tambourinage de porte faciles).
CNN et CBS donnent la Floride à Dubya. C'est fini.
Même pas envie de commenter.
Les USA seront enfin une démocratie le jour où ils auront bazardé la Floride à Puerto-Rico.
La peur et la déculturation sont devenus les instruments de pouvoir les plus puissants de la planète et on est très mal barrés...
A part un tremblement de terre rasant Tokyo et obligeant les Japonais à rapatrier tous leurs investissements des States, rien n'arrêtera les dingues qui vont foutre définitivement le feu à la planète.
Les USA n'existent plus.
En tout cas, les USA comme partie intégrante de ce monde.
C'est la Planète des Singes et les singes viennent de dire "merde" au reste de l'humanité.
Dont acte.

Et je me souviens d'un reportage fait à Houston, au sujet de la monstrueuse pollution qui asphyxie cette ville (rappelons que les étatsuniens possèdent en moyenne 5 bagnoles dans une famille de quatre personnes...).
Un journaliste interroge une femme. Bien habillée, super bagnole, visiblement pas pauvresse, et lui demande si elle craint d'être atteinte par les effets de la dite pollution. L'autre, sourire Ultra-Brite, qui répond placidement : "Mais non voyons ! Ça ne peut rien me faire ! Je suis protégée par Dieu !"...
On aurait posé la question à une malheureuse vêtue de haillons, ou d'un pagne, ou voilée, et qui aurait répondu par une ânerie de cet ordre, je suis bien certaine que tout le monde se serait esbaudi devant la misère culturelle, la superstition, la barbarie ontologique de cette représentante des damnés de la Terre comme ils nous emmerdent avec leurs rites de dingues, leur sauvagerie, leur défaut de civilisation... et l'urgence qu'il y a soit à leur enfoncer "l'american way of life" au fond de la gorge de gré ou de force, soit à les éradiquer un bon coup histoire que les "combattants de la liberté" leur apprennent à vivre selon les canons Coca-Cola, Halliburton, NRA, Fox News et Carlyle...
Sauf que là, personne ne s'esbaudit, justement.
Personne n'ose même relever que c'est cette dingue tête à claques et sûre de son bon droit qui va avec des millions d'autres dingues engager l'avenir de peuples entiers.

6h30 : roulée en boule sous la couette, je me demande si je ne monte pas un site WEB de rencontres entre européennes esseulées et étatsuniens pourvus de neurones mais désespérés qui voudraient émigrer. On ferait un carton dans le registre mariages, blancs ou pas....

6h40 : accrochée à mon grand traversin noir comme un panda à sa tige de bambou, mon esprit finit enfin la dépollution nécessaire pour retrouver le Rêve.
Attends-moi ! J'arrive, mon amour... Il faut que je te raconte comment les viandards de la Vallée d'Aspe ont tué la dernière ourse pyrénéenne, les mêmes qui foutaient le feu à la Goutte d'Eau, les mêmes qui pourchassaient Eric Pètetin dit L'Indien, les mêmes qui sont furieusement pour le tunnel frontalier qui défigure et assassine la plus sauvage de mes vallées, les mêmes qui quand ils ne votent pas Chasse Pêche Nature et Tradition votent Le Pen ou Lassalle... des viandards qui savaient parfaitement ce qu'ils faisaient en organisant une battue au sanglier proscrite dans ce coin alors que la présence de Cannelle et de son ourson était connue, des candidats à l'émigration aux States, quoi...

6h45 : Bonjour, mon amour... , c'est juste moi qui te réveille d'un baiser fantôme avant de sombrer hors de ce monde à la dérive...

mardi, novembre 02, 2004

Target locked

Tu marches en regardant tes pieds. Obstinément.
C'est idiot. Il fait beau. C'est bon de marcher le nez en l'air dans un vent doux, de sentir tes cheveux se soulever et danser au rythme de tes pas. Lève le nez, bon sang !

Voilà.
Tu l'as fait.
Prudemment, tu as relevé la tête...
Rien. Il en se passe rien. Des bipèdes te frôlent. Tu ne les vois pas. Tu ne les regardes pas. Tu regardes devant toi et tu ne vois que tes pieds tout en bas, là-bas.
Concentre-toi.
Ça y est. Tu vois des murs, des maisons, du béton, de la pierre, du plastique, des feuilles, des troncs, des bancs, des lampadaires, des parc-mètres, des lignes blanches, des panneaux, des nuages...
Des nuages sombres, juste dans ta ligne de mire.
A moins que ce ne soit toi qui soit leur coeur de cible.

Tu voudrais revenir au temps où tu avais la patience de l'inconscience, avant la lucidité, avant l'enfermement.
Tu voudrais tant revenir au temps où tu n'avais même pas conscience de la noirceur des nuages.
Existaient-ils, d'ailleurs ?

Revenir au chateau. Retourner dans la citadelle.
Au lieu de ça, tu restes tétanisée, à regarder les ténèbres s'approcher et t'avaler.

lundi, novembre 01, 2004

Soldes...







Quoique....
J'aurais pu laisser le titre au choix.
"Dernières démarques avant changement de propriétaire" ou "Grande braderie avant nouvelle collection d'hiver"...
Au choix.

En tout cas, c'est pas ça qui m'expliquera pourquoi je n'arrive pas à faire fonctionner "Edge&Frame Galaxy" ni avec Photoshop CS 8, ni avec PaintShop Pro 10 !
J'ai passé une partie de la nuit dessus à jurer comme un charretier et je n'ai récolté que des épaules moulues au réveil, une humeur grognonne et des yeux comme des boutons de bottines.
Passer de la tête de Kermitt la Grenouille à celle de Winnie l'Ourson (sans étape franchement intermédiaire), ça n'est pas ce qui vous met le plus en joie devant le miroir de la salle de bains.

En revanche, avoir retrouvé les 2 Lp's "Immunity" et "Waving not drowning" de Rupert Hine sur le net, alors qu'on a laissé derrière soi, alea des anciennes ruptures, les précieux vinyls et la platine qui va avec... "c'est bien©"... Madeleine de Proust des années 81/82, plaisir de la redécouverte et de la mémoire étonnamment intacte à la note près. Qui plus est, ça n'a pas plus vieilli que les collègues magnifiques, Brian Eno, Talking Heads et autres élégants ténébreux à la Byrne.
Il y a des voix comme ça. Reconnaissables entre toutes. Grain unique.
Comme l'amour de sa vie...

Vite. Penser à autre chose
Rester suspendue à son vertige.

samedi, octobre 30, 2004

Mon géant de pierre

Psyché : Salut, père de moi ! C'est fille de toi...
Georges : Bonjour, ma grande ! Alors ? Toujours pas rapetissé ? (nota : lui comme moi nous rapprochons plus du physique elfique que du registre hobbitesque...)
Psyché : Que nenni ! Je ne suis pas une vieillarde à me tasser et me voûter comme certains...
Georges : Peau de vache, va !
Psyché : Meuuuuuuuh ! .......
Bon, c'est pas tout ça mais tu constates que je ne t'ai pas appelé avant la tombée du jour, histoire de te laisser le temps de descendre du toit où tu dois être en train de faire de la voltige à nettoyer les feuilles des gouttières ou la mousse des tuiles, c'est ça ?
Georges : C'est tout à fait ça, ma poulette ! J'attends quand même que tu arrives avec la voile de parapente pour descendre autrement que par la grande échelle.
Femme de Georges qui vient à peine de décrocher sur l'autre poste : Mais de quoi vous parlez, là ? C'est quoi cette histoire de mousse sur le toit ?
Psyché : Salut mère de moi ! Meuh noooon, maman.... on blague, voyons....
Georges : Et comme tu peux le constater, ta fille cadette persiste à n'avoir aucun respect pour son ancêtre de père grand invalide de paix et à se foutre de lui sans vergogne.
Psyché : Je vais me gêner, tiens !
Femme de Georges toujours plus paumée : Mais c'est quoi ces histoires de feuilles ?
Psyché : Maman.... laisse tomber, va.... je t'expliquerai une autre fois....
Georges : Tu veux que je te raconte combien on m'a enlevé d'agrafes, hier ? C'est ça ?
Psyché : Non merci, Papa. Les détails d'arrière-cuisine ou les dentelles de boucherie, c'est pas trop ma tasse de thé...
Femme de Georges (j'ai oublié de vous dire que ma charmante mère devient de plus en plus sourde) : Alors, il y en avait au moins dix-huit, ma chérie ! L'infirmière a commencé par le haut mais il y a en tellement qu'on en a pour des semaines à ce rythme-là et ...
Psyché : STOOOOOOOOP ! Maman ! Je ne veux pas savoir.....
Georges : Comment ça ? On te démonte ton père comme un vieux meccano rouillé et t'es même pas curieuse ?
Psyché : Le jour où on démonte ton cerveau, je veux bien être là histoire de récupérer les pièces encore utilisables, mais pour le reste, je fais l'impasse...
Georges : C'est gentil, ma chérie. Je penserai à mettre un codicille dans mon testament pour te faire la légataire de mes neurones encore valides.
Psyché : Ça va faire des jaloux, ça....
Georges : Et à part ça ? Toujours collée sur ton écran ?
Psyché : Vi.... même pas honte... tu as vu s'il faisait beau aujourd'hui ? Ben c'est aussi agréable de dedans que de dehors !
Georges : Mouais... Vivement que je ne sois plus la loque humaine que je suis devenu parce que tu n'auras plus aucune excuse pour rester enfermée comme une princesse dans son donjon. Tu ne perds rien pour attendre ! Je n'hésiterai pas une seconde à te culpabiliser à mort pour que tu m'emmènes en ballade... Je ne dis pas que je serai capable de me faire les cinq lacs d'Ayous d'une seule traite mais c'est bien le diable si on ne se trouve pas de petits dénivelés sympathiques et pas trop cruels pour les vieillards qui se tassent et se voutent...
Psyché : D'accord, Papa. On fera ça. Promis...

Et la conversation a continué comme ça une bonne demi-heure. Toujours sur le ton de la plaisanterie, de ce ping-pong verbal qui nous amuse tant.
Mais, en moi, il y avait l'autre Psyché, la sombre, qui hurlait de terreur et tu n'en as rien su, Papa...
Je voudrais tant que tu sois toujours là au printemps après la fonte des neiges, quand on pourra repartir en montagne...
Je voudrais tant.
Si tu savais ce que je m'accroche à cette idée...
Penser que je puisse monter jusqu'au dernier des lacs d'Ayous, sans toi, c'est aussi penser ne pas en descendre, tout court.
S'asseoir sous la lune face au Géant de Pierre, le Pic du Midi d'Ossau.
Rejoindre la pierre volcanique, la terre.
M'y fondre et enfin y reposer une dernière fois ma tête lasse.


Jeu amer

Réveillée trop tôt par la voisine du dessous et son aspirateur diabolique dont elle use des heures en le faisant crisser sur le carrelage. A ce point de nuisance sonore et de bêtise conjuguées (il faut quand même être furieusement stupide pour ne PAS enclencher le patin adéquat quand on navigue sur une surface lisse, non ?), j'ai carrément dépassé le stade de la haine pour entrer dans la phase ô combien plus grave du mépris...

J'ai juste eu les yeux suffisamment en face des trous pour lancer le double de Grace Legacy Edition de Jeff Buckley, suivi de Live in Sin-é... Non pas que ce soit largement mieux que les oeuvres originales mais, au moins, j'en ai pour 4 heures de musique non-stop sans avoir à me préoccuper de toucher à quoique ce soit.

Fatiguée...

J'ai fait un rêve troublant cette nuit.
Non pas que le fait de ne pas le comprendre me perturbe (j'en ai l'habitude) mais je ne vois pas bien ce qui l'a suscité, quels en ont été les déclencheurs.

D'abord, je n'étais ni une fille, ni un garçon.
Je ne sais fichtrement pas ce que j'étais mais je suis certaine que je n'étais ni mâle ni femelle et ça ne me gênait pas plus que ça.
Mon apparence n'était pas fondamentalement différente quoiqu'un peu plus éthérée, transparente. Drapée de blanc, moi qui ne me vêt que de noir. C'était déjà un signe...
Rêve muet, sans son, sans bruits.
J'entrais dans une salle haute, entourée de colonnes étranges parce que changeantes dès que je portais le regard sur elles. Tantôt carrées, tantôt lisses, tantôt cannelées soit de lignes droites, soit de spirales, couleurs qui se modifiaient suivant un éclairage qui semblait provenir de l'intérieur-même, de la matière des hauts piliers mouvants... A tel point que je n'osais plus relever la tête pour les regarder tant elles me donnaient l'impression de vaciller, d'être au bord de la nausée.

La salle était vide, sans mobilier, mais au sol, un grand tapis épais tissé de motifs compliqués mais, Dieux merci !, figés, eux.
Mon père y était allongé, à moitié redressé sur un coussin, en appui sur l'avant-bras, une jambe allongée, l'autre en crochet. Une pose de convive grec ou romain. Une pose impossible, surtout !
Mon père est raide comme une planche depuis des années et candidat facile au lumbago s'il essayait de tenir ce genre d'attitude plus de 10 minutes. Je doute même qu'à son âge et à l'heure qu'il est, il soit même capable de la prendre, cette pose d'odalisque nonchalante !
Pourtant c'était bien lui tel qu'il est maintenant, physiquement, lui et son corps d'octogénaire. Néanmoins, il se tenait comme quand il avait la trentaine triomphante.

Devant lui, il y avait le plateau d'un jeu inconnu, entre l'échiquier et le go ou n'importe quel autre de ce style.
Des yeux, il me souriait et m'invitait à prendre place face à lui. En silence.
On entamait la partie sans que je sache le moins du monde qu'elles étaient les règles. Ça non plus, ça n'avait pas l'air de me gêner. Je jouais. Voilà tout.
A chaque fois que je perdais, Papa faisait une petite grimace triste, rattrapée par un demi-sourire à mon endroit, et portait à ses lèvres un minuscule bol de forme conique, moitié blanc pur et brillant, moitié noir mat, et en buvait une gorgée non sans grimacer de nouveau.
Quand je gagnais enfin un coup, c'était à moi de boire.
A la première gorgée, épouvantablement amère, j'eu l'intuition irrémédiable que c'était une forme de poison. Je l'ai regardé, étonnée (il en avait déja bu plusieurs) et il s'est contenté de hausser les épaules d'un mouvement à la fois résigné et indifférent.

Après, tout se brouille.
Le dernier souvenir vague qui me reste, c'est mon acharnement à ne surtout pas perdre pour empêcher mon père de boire à cette coupe infernale, tout en sachant que si je gagne, c'est moi qui avale le poison.
Et plus j'y bois, plus ma tête se fait lourde, plus tout devient brouillard mouvant autour de moi. Comme si mon corps rejoignait les colonnes et s'y incrustait.
Après, je ne me souviens plus mais je crois bien que je continue à gagner sous les yeux de mon père.
Ses yeux remplis de larmes.

vendredi, octobre 29, 2004

Entre Hypnos et Oneiros...

Eros et Psyché de Canova (détail)


Ce matin, tu avais envie de ça...
Tu as vite refermé les yeux et il était là.
Tu t'es rendormie en souriant.
Sombre retour du rêve... on ne devrait jamais se réveiller lorsqu'on n'en a plus le désir.

Nuits innommables

Je voudrais des photos vastes comme la nuit,
des photos pleines de corps qui ne veulent pas s’éteindre, de regards qui regardent la nuit bien en face,
des photos qui ne nomment pas
et s’ouvrent à des énergies muettes, innommables,
qui n’exorcisent pas, mais se donnent à la nuit.

Nicolas Quinette








jeudi, octobre 28, 2004

"Mein fuhrer ! I can walk !"

Mwahahahaha !
J'ai craqué !
Je l'ai revu (pour une fois qu'Arte ne fait pas l'économie de la V.O en prime time, j'allais me gêner, tiens !).

Autant prévenir tout de suite : je ne suis pas une fan absolue de Kubrick.
Et là où je vais faire dresser les cheveux sur la tête de tous les aficionados : 2001, l'Odyssée de l'espace M'EMMERDE PRODIGIEUSEMENT... désolée....
En fait, ce que je reproche à Kubrick, généralement, ce sont ses longueurs. Et malgré l'hilarité irrépressible que suscitent en moi les multiples visionnages de Dr. Strangelove, on doit bien convenir qu'il y a un bon tiers du film qui la joue dans le longuet, en particulier les scènes filmées dans le B-52.
Mais le reste.... mmhhhh.... Dieux, que c'est bon !
Entre Sellers et le génie avec lequel il campe ses trois personnages et Georges C. Scott, beaucoup plus charmant dans la dingomanie que quand il joue Patton... quel régal !

Collée sur ma couette avec trois oreillers et la chatte en complément duveteux, j'ai pouffé devant ces morceaux d'anthologie que sont le huis-clos du général psychopathe Ripper et son obsession des "fluides corporels" avec Mandrake, le colonel british et dépassé, explosé de rire quand le G.I fait sauter le distributeur de Coca non sans avoir prévenu Mandrake que s'il n'a pas le Président des USA au bigophone (même en PCV), il devra rendre des comptes à cette superbe firme d'empoisonnement collectif, hoqueté à écouter le dialogue surréaliste entre le Président Merkin Muffley et Dimitri, premier secrétaire soviétique quoique torché sévère à la vodka, et fini de ruiner mes poumons dans une quinte de toux hilare sur le dernier numéro de voltige aérienne en fauteuil roulant de ce bon Docteur Folamour et sa main baladeuse....

"Gentlemen, you can't fight in here !
This is the War Room...."
C'est le genre de truc qui vous révolutionne les zygomatiques... enfin... les miens...

Dans le même genre d'intrigue ou de scenario, on avait aussi le Lumet magnifique avec Fonda, Point Limite, je crois... mais franchement moins drôle. Même carrément pas du tout. Flippant, pour tout dire.

Si j'ai bien suivi, Arte va aussi programmer l'unique chef-d'oeuvre de Dalton Trumbo, Johnny got his gun, dans les jours à venir. Là, c'est furieusement Kleenex en perspective.
Mais je me demande si c'est bien innoçent, tout ça...
Non ?






Allez... histoire de faire durer cette hilarité incongrue, je vais enchaîner soit avec La Bostella et le très charmant Édouard Baer, soit avec les deux DVD De Caunes/Garcia...
Généralement, ce sont les lendemains de fous-rires qui sont difficiles chez moi, pire que des cuites au mezcal : plus sinistre et morbide, on fait pas.
Probablement de l'ordre de la flagellation punitive...
Vous êtes prévenus, frères humains (ou vaguement frères et encore plus vaguement humanoïdes) : fuyez, malheureux ! Demain, ça risque de Cioraniser à tire-larigaut....


Motus et bouche cousue

Il y avait quelque chose qui me gênait depuis un moment, une image dont je ne parvenais pas à me souvenir mais que je savais imprimée quelque part dans un recoin de ma tête, une image que j'avais vue en flash et probablement évacuée avant de la comprendre.
Elle m'est revenue ce matin.
C'était le panneau routier à l'entrée du pôle hospitalier.

"Hôpital, silence".
Gros, le panneau. Très gros. On ne peut pas le rater.

Et moi qui tourne indéfiniment autour de cette notion de silence qui recouvre tant de choses diverses, pardoxales ou contradictoires, ce panneau-là, je l'ai trouvé effrayant.
Comme une injonction, comme un baillonnement.
"Ici, on sait. On sait ce dont vous souffrez, on sait ce que vous avez, on sait ce qui est bon pour vous... alors taisez-vous. Vous n'avez plus voix au chapitre."
Lieu sans espoir de parole possible.
Loi du silence qui vous retire vos droits d'être humain pensant, parlant, désirant.

C'est étrange autant qu'inquiétant, finalement, de se rendre compte que toutes les expressions qui imagent ou décrivent l'arrêt du silence sont des expressions construites autour de verbes marquant la violence, l'intrusion, la rupture : rompre le silence, déchirer le silence, trouer le silence, percer le silence, briser le silence, un silence à couper au couteau... comme si le moment où cesse le silence ne peut être qu'intensité, rebellion, mouvement.
Alors que quand le silence est là, les expressions se construisent autour de sa matérialité et de sa toute-puissance que l'on ne questionne même plus. Comme s'il avait un poids, une forme, une épaisseur, une légitimité de notable. Garder le silence, observer le silence, passer quelque chose sous silence, la loi du silence.
On dirait un roi olympien dans ses nuages. Une immanence.

Et moi, là-dedans ?
Pourquoi est-ce que je fonctionne à l'envers ?
Pourquoi ai-je transformé le "non" radical en silence ?
Comment en suis-je arrivée à faire du silence, mon insoumission, le noyau-même de l'intensité du refus (oui, je sais... "on" peut aussi dire que c'est du déni de réalité, "on" n'aura pas tort, mais "on" ne sera pas gentil... et je peux mordre, encore... Grrrroooaaarrrrr....) ?

Du coup, je suis allée marcher pour réfléchir... en silence, justement.
Rien de tel que la randonnée pour l'accueillir en soi, ce satané silence. Comme un compagnon de ballade.
Et je confirme du coup ce que j'avais dit dans une note précédente : les Pyrénées sont diantrement plus belles quand elles sont en feu par la grâce des feuillages à l'agonie.
La preuve !...


Hêtraie en Vallée d'Ossau



mercredi, octobre 27, 2004

Apatride par nature


Génial !
Champagne !
Comment, "non" ?
Rhââ zut... toutes mes confuses, c'était l'écho du hurlement à la Pleine Lune qui vient de résonner dans ma chambrette...

Heureusement que j'ai eu Papa longuement au téléphone, tout à l'heure.
Il n'avait pas lu Associated Press, pourtant, donc ça n'était pas pour faire de sa fille une "française heureuse" (pouah... penser à me laver la bouche au savon noir...).
Néanmoins, il a pu contribuer à 5 minutes de soulagement en m'annonçant ce qu'on espérait tous, même si ça ne change pas fondamentalement le schmilblick : résultats des deux analyses post-opératoires... la tumeur de la parotide est bien une saloperie de la catégorie "championne du monde" ou "bestiau de concours agricole" (ça, on savait) mais la totalité de la chaîne ganglionnaire enlevée se révèle négative.
Ce qui veut donc dire que l'ablation a bien servi à couper toute retraite possible des cellules cancéreuses par cette voie-là mais que les dites cellules n'avaient pas eu le temps d'essaimer à tout-va...
Si je chipote (et ce soir, je n'en ai ni l'envie, ni le courage), je pourrais bien commencer à me dire qu'il y a plusieurs autres chaînes ganglionnaires, ou qu'on nous avait aussi dit la même chose après l'ablation du carcynome malin sur son front si haut, si beau, il y a un an... et qu'on sait depuis que c'est bien cette vacherie soit-disant "réglée" qui a fait ses petits où elle voulait...
Si je chipote...

Il avait une voix ferme, un sourire en arrière-plan.
J'ai toujours su sentir ça...
Il est allé en ville hier, et non lundi pour cause de déluge diluvien.
Visiblement content d'avoir vu du monde, d'avoir blagué sur les trottoirs, dragué sa libraire ou les petites caissières du Super-U qui le regardent avec des yeux de merlans frits autant qu'énamourés parce qu'il les traite comme des princesses au petit pois depuis toujours...
Se plaignant tout de même d'une forme d'apathie, ou de moindre énergie qui le saisit plus qu'à l'accoutumée et que la venue d'un automne qui semble enfin prendre des tournures... automnales, doit certainement accentuer.
Ayant encore en tête ma crise de dandysme de fin d'après-midi, je me suis permis de lui dire qu'on lui autorisait sans réserve toute tendance à la procrastination... pour le moment, du moins !

En fin de conversation, il me dit :
"Finalement, si je fais le bilan de ces dernières semaines, je trouve quand même que ça a eu du bon, tout ça : on n'a jamais autant parlé, nous deux !"...
(Glups !) "Psyché ! Fais gaffe ! Ta mère (et donc sa femme...) est toujours en ligne sur l'autre écouteur... pas le moment de la rendre jalouse ou de dire le mot de travers !"... que je me dis in petto...
Tant pis... je lui dis !
"Ben tu sais quoi, Papa ? Pas plus tard qu'hier, je ne comprenais pas pourquoi j'étais un poil mélancolique jusqu'à ce que je réalise que c'était dû au fait que je ne t'avais plus à disposition, cloué sur ton lit de clinique, à 2 minutes de mon appartement... C'est pas très généreux vu les souffrances que tu y as enduré mais tant pis : j'assume ! C'était drôlement bien de t'avoir sous la main aussi facilement !"

On a été au moins deux à éclater de rire en même temps (je ne garantis pas que la troisième ait franchement apprécié...).