lundi, mars 14, 2005

Monde parallèle

C'est une feuille de l'immense ficus benjamina posé à la tête de ton lit qui t'a réveillée en flirtant tendrement avec ton front.
Tu n'as pas ouvert les yeux. Tu as fait semblant de dormir encore. Et la feuille s'est transformée en doigts longs et fuselés, des doigts d'adolescent.
Et tu as imaginé la caresse se prolongeant, suivant la ligne de tes sourcils, effleurant les paupières, contournant tes pommettes, s'attardant sur le pourtour des lèvres après avoir dessiné l'arête du nez.
Tu l'entendais chuchoter "Réveille-toi, mon ange".
Tu as répondu "J'arrive, mon âme. Attends-moi".

Ils sont beaux ces réveils dans ta quatrième dimension.
Ils sont beaux et ils sont justes.


Post-it d'après-midi en pente douce (16:22) : ne pas oublier d'écrire une ode à The Divine Comedy à défaut de pouvoir l'inclure dans la radio "Moments de grâce".
Neil Hannon rulezzzzzzzzz !

dimanche, mars 13, 2005

Coming out

Je parlais l'autre jour des contraintes nouvelles que devaient être traitements divers et prises quotidiennes de médicaments avec mon grand Georges de père.
Il a dit quelque chose sur laquelle j'ai glissé, soit parce que je ne voulais pas, soit parce que je ne pouvais pas l'entendre.
Ça me revient maintenant comme me revient ce sentiment diffus de lâcheté en moi depuis jeudi.
En gros, il disait que pour un type de 40 ans se devait être effectivement pénible et agaçant mais qu'à son âge et pour 3 ou 4 ans, il le vivait dans une forme d'indifférence blasée, voire de je-m'en-foutisme.

POUR 3 OU 4 ANS.
Je l'ai très bien entendu et j'ai fait l'impasse.
Déni total.
Autruche.
Je suis passée à autre chose.

Alors bien sûr, je ne sais pas si son pronostic provient d'une information médicale que lui aurait donné le cancérologue ou si c'est de son initiative qu'il a calculé son espérance de vie.
Pas non plus le courage de le lui demander.
Pas encore, en tout cas.
En funambule avertie, j'ai trop peur que mes questionnements le fassent choir de son propre fil.

Donc je reste là, les bras ballants et les mains vides, avec cette lâcheté, cette fuite, cette démission, plantées dans mon coeur comme autant de dagues empoisonnées.
Malaise.

Du coup, une plaisanterie de 101010 m'a donné l'idée d'un contournement, comme une offrande à mon père pour lui demander pardon, comme une façon de me racheter pour cette inertie de la fuite : coming-out spécial "non-vies antérieures" ...
Vertige, nausée, dégoût : c'est comme si j'avalais un vomitif pour expulser un enfant mort-né.
10 contre 1 que la femme qui habite un fauteuil va sourire..

samedi, mars 12, 2005

La femme qui habite un fauteuil

Elle a deux grands yeux qui me dévorent sans m'accuser.
Elle a deux grandes oreilles aux pavillons complaisants à mes lacérations.
Elle a une petite bouche qu'elle entr'ouvre avec parcimonie et d'où ne sortent ni serpents, ni crapauds, ni diamants, ni roses.
Elle doit avoir de petits pieds sous son grand bureau mais je n'ai pas vérifié.
Elle ne me serre jamais la main quand je pénètre dans son antre mais toujours quand j'en sors.
Elle aime les tentures d'Amérique du Sud et les lumières chaudes.
Elle a une affiche du festival de rue d'Uzès qui date.
Elle a une voix dure au téléphone.
Elle promène son silence dans mes silences et leur association est d'une musicalité qui me touche..
Elle attend, comme en suspens, à l'affût de mes traversées en solitaire et de mes dégoûts en collectivité.

Elle est mon "étrangère-intime".

vendredi, mars 11, 2005

Revendication catégorielle

Hier, Papa a grimpé jusqu'à mon nid d'aigle (aimable exagération ! Quand je l'observe du haut de mon palier monter au ralenti et le dos vouté, je réalise à quel point il a physiquement vieilli. Du coup, je sais que quand il me carillonne par l'interphone, j'ai amplement le temps de lancer son expresso avant de le retrouver sur mon paillasson... mais ça ne me console pas.).

Il rentrait de "la manif"...
83 ans, cancéreux, fatigué, déprimé qui le cache, mais... il préfèrerait mourir sur pied plutôt que de renoncer à faire ses 40 kms aller/retour en voiture pour rejoindre les bataillons marcheurs !

Avec un sourire (toujours aussi en coin quoique ça s'arrange nettement du point de vue de la disymétrie de son visage), il m'a quand même avoué qu'il l'avait quittée plus tôt qu'initialement prévu et pour cause !

Une manif, surtout quand elle est d'importance, ça a comme caractéristique principale un engorgement des rues et, donc, une tendance très nette au piétinement.
Et c'est là que le bât blesse : marcher, mon Georges, il peut. Lentement, à son rythme de grand randonneur, mais il peut.
Piétiner, ça, il n'y a rien de plus pénible. Trois pas, tu pauses, deux pas, tu pauses, tu te refroidis, tu t'ankyloses, tu casses ton rythme... mais bon sang ! A quoi vous pensez les G.O. de manifs ?
Alors je lance un appel digne des beaux jours de la CNT quand elle avait encore un poil d'humour !
Exigeons des couloirs de circulation pour les vieux manifestants !
On en fait bien pour les cyclistes ou les bus, non ?
Un bon petit couloir parallèle pour marcheurs artritiques ou à la souplesse défaillante. C'est pas compliqué !

Par effet de ricochet, m'est revenu en mémoire le souvenir de ma première manif...
5 ans ! Juchée sur les épaules de ce père qui n'était ni vouté, ni faible des genoux à l'époque.
C'était une manif de protestation contre la politique de l'Education Nationale de ce temps-là, laquelle consistait à offrir aux écoles catholiques privées des enseignements et des postes du public.
Devant l'institution qui venait de récolter je ne sais combien de postes ôtés au lycée, bataille rangée.

Et oui ! A l'époque, les prêtres ressemblaient plus à l'abbé noyeur de scouts qu'au curé des routards version Perfecto et bacchantes à la Cavanna !
Nos corbeaux sortent donc en force, les manches relevées contre les hussards noirs de la République. Mon père me dépose de l'autre côté de la rue, craignant un mauvais coup.
En vain.
Les excités d'en face nous la jouent Raspoutine, goupillon et crucifix brandis, et un de ces doux oiseaux emplis de la compassion chétienne dont ils se targuent d'être les souverains détenteurs m'envoie bouler d'un méchant coup de pied dans le caniveau !
Ni une ni deux : un poil sonnée mais pas vraiment plus paniquée que ça, je me retrouve à quatre pattes sur le bitume, ne percevant de la bataille des "grands" qu'un enchevêtrement indistinct de pantalons et de jupes noires. Et là, prise autant d'une inspiration subite que d'un légitime mouvement de défense aussi basique qu'efficace, la première soutane qui me passe à portée de menottes, je la soulève, saisis le mollet pas du tout affriolant qui se dévoile.... et j'y plante mes quenottes aussi fort que je peux.
En dehors du hurlement qui a suivi et que j'ai du savourer avec délectation, cela m'a valu dans la famille et l'entourage syndical de Papa, le surnom plus que mérité de "bouffe-curé pour de vrai".

A part ça, ça n'a aucun goût le mollet de curé.
Déçevant.

jeudi, mars 10, 2005

Fugue déboussolée

En écoutant l'art de la fugue de Bach, je me suis rendue compte presque "charnellement" que, dans le contrepoint, l'écoute de la note précédente doit toujours continuer pendant le silence et que la prochaine "voix" qui va parler ne peut le faire que dans le prolongement de celle qui vient de se taire.

Dans la parole ou dans le verbe, on ne rentre pas non plus sur une dissonance : on ne recommence à "parler" qu'en consonance avec la voix précédente.

On peut se taire à n'importe quel moment, et le temps désiré, mais il est impossible de "parler" en faisant fi du lien avec les autres voix.

C'est tellement plus facile sur le chemin des rêves, l'Olorë Mallë de Tolkien.

Du coup, je retrouve ce blog comme une poule qui aurait déterré un couteau : je ne sais plus où sont les fils de soie, les fils barbelés, les fils rompus ou distendus.
Et je me sens là et ailleurs.

Je me souviens avoir dit à Hemisphère M. que je lui ferai découvrir Damien Rice.
Voilà.
On va peut-être recommencer par là. En douceur.

Repasser de pierre à chair, chemin inversé des statues des Visiteurs du Soir.
"Ce coeur qui bat, qui bat, qui bat..."


"Welcome back my friends to the show that never ends..."
Quand je serai grande, je ne veux pas être moi.


dimanche, janvier 16, 2005

Murmure emmuré

On se raconte pour ne pas oublier à quel point nous sommes ligotés par ces mots qui nous extirpent de notre solitude, de notre angoisse, de notre insuffisance, à quel point nous sommes ces êtres qui ne peuvent exister que pour et par autrui, son echo, sa résonance, son regard.
Le trop de parole nous maquille, nous offre tous les jeux de masque, toutes les danses du corps parlé.
Pour ne pas vaciller, pour ne pas tomber là où le silence règne, lieu sans désir autre que l'autosuffisance.
L'ivresse de la parole nous permet de ne jamais dessoûler, de ne pas nous exposer à notre solitude.
Tisser des liens avec des mots, les coudre les uns avec les autres.

Mais quand tu parles, si tu parles, tu sais qu'il y a un gouffre entre ce que tu dis et ce qui est dit.
Parler te divise, te coupe, te dédouble.
Parler te sépare de toi-même et nie le silence qui, lui, te sépare des autres.
Impossible unité, insaisissable rencontre.

Opacité et duplicité de la parole, transparence et vérité du silence.
Transparence et violence.
Douceur et douleur de ton silence.
De nos deux silences.

vendredi, janvier 14, 2005

C'est idiot

"Il faut être avide d'absolu pour envisager le suicide".
Emil Cioran, Le mauvais démiurge
Mais qui veut affronter la profondeur de l'absolu ?
L'art, la philosophie, les sciences font, parfois, que le monde est grand, que le monde est beau..
Il n'y a pas que les oiseaux et les avions qui ont des ailes.
Les idées peuvent en avoir.
Comment faire pour que les idées ne retombent pas.

"Tout ce qui retombe est affreux"
Cocteau, dans L'aigle à deux têtes.
Comment rejoindre l'essentiel ?
Comment rendre l'essentiel ineffable ?
Comment ouvrir l'espace ?

Je ne me souviens plus pourquoi.
C'est idiot.



Edit : Coup de fil de Georges ce soir....


Georges : Bon.... alors ? Tu décroches, ma poule ?
Psyché : (le temps d'éteindre le répondeur branché en permanence) ... Laisse-moi le temps de faire le tour de la biblio quand même !
Georges : Ce qui veux dire que tu es encore dans ta chambre... si on peut appeler ça une chambre !
Psyché : Ben quoi ? Ergonomiquement, c'est nickel ! J'ai tout sous la main !
Georges : A se demander pourquoi tu vis dans 120 m2 avec cheminée si c'est pour rester dans 20m2...
Psyché : .... euh.....
Georges : Bon. J'arrête.
Psyché : C'est ça. Tu fais bien.
Georges : Tu fais quoi demain vers midi ?
Psyché : Ça dépend. Si je dois faire un café atomique pour mon père, je me lève à 11 heures. Sinon, je dors.
Georges : T'essaie de me culpabiliser ou quoi ?
Psyché : Moi ???????
Georges : Te fiches pas de ma trombinette...
Psyché : Ben vu l'état de la trombinette en question, j'oserais même pas....
Georges : C'est délicat, ça...
Psyché : Dis, mon papounet, si je te disais que ta tronche en pente façon masque de tragi-comédie italienne ne m'avait même pas attiré l'oeil, tu dirais quoi ?
Georges : Que t'es une sacrée menteuse !
Psyché : Ben voilà...
Georges : Donc si je passe demain pour qu'on revoit certains des articles du bulletin des historiens, t'as rien contre ?
Psyché : Non seulement j'ai rien contre mais tu viens enfin de me donner une bonne raison de me lever....
Georges : Tu pousses....
Psyché : Non.... Mais je t'aime. A demain, Papa !
Georges : A demain, ma chérie.

Il en faut très peu pour avoir une raison de se réveiller, finalement.
Et quand il ne m'appelera plus ?
Et quand ses metastases auront doublé les miennes ?


Des armures et des masques...


"L'amour (ou l'amitié) se trouve toujours en dissidence - car aller vers l'autre c'est aller vers la différence, c'est désirer la mutuelle reconnaissance par la différence. Ce qui bien sûr est contraire au "social" dont la vertu essentielle est l'unanimité - donc l'indifférence."
Rezvani, J'avais un ami, 10/18
Armures et masques... langue morte, cri silencieux d'un être parlant qui ne sait pas dire, qui ne peut pas dire, qui ne veut pas dire.
L'écriture est le cri silencieux de la dissidence contre l'indifférence.


Calm like a bomb




Il y a des jours comme ça...

Des jours où on devrait doubler la dose de Xanax ou opter pour la solution Ab'Fab' et se décaper les intestins avec n'importe quoi qui fait des bulles et titre au-dessus d'un bon 13°.

Ça a commencé avec une saine colère quand j'ai réalisé que le brillantissime et ô combien instructif film "The Corporation", sorti le 29 décembre dernier, n'était donné (en France à tout le moins) que dans 3 SALLES SUR TOUT LE TERRITOIRE.
Vous avez très bien entendu : 3.
Une à Paris, une à Lille et une à Achères (ou un nom de ce genre... ne me demandez même pas où ça se trouve et si vous le faites quand même, je vous maudis jusqu'à la quinzième génération pour avoir osé mettre en difficulté une rejetonne de géographe).
Vous voulez savoir de quoi ça cause ? Vous allez et ... et ne ratez sous aucun prétexte les interviews de Jennifer Abbot, Mark Achbar et Joel Bakan.

Seconde couche mais dans la futilité : mon serveur Lycos est plein et me voilà frustrée à mort de ne pas pouvoir garnir la Bande-Son. Je passe la moitié de l'après-midi à chercher un hébergement gratuit digne de ce nom et soit ils n'acceptent pas les fichiers de plus de 1 Mega (et je fais comment, moi, pour coller les transcriptions piano de Volodos, hein ?), soit ils n'acceptent pas le Php, soit ils disent que oui.... mais en fait, c'est non... bandes de moules à gaufres !
Je finis par trouver un hébergement qui m'offre, tenez-vous bien (mais tenez-vous mieux, bon sang !) 1 GIGA d'espace.... et cette nouille malgré ses promesses refuse mes redirections pour vous en mettre plein les oreilles...

Troisième service et là, j'explose : voilà t'y pas que j'entends dans mon dos (je ne regarde pas la TV.... je l'écoute.... sinon, c'est torticolis assuré) une pub pour un canard qui s'appelle Choc (je crois), apparemment un truc spécialisé dans la photo qui serait au Monde Diplomatique ce qu'est Voici.
Et, en gros, après l'accroche du genre "les photos les plus incroyables, les plus trash, les plus indiscrètes des people et cie"", la voix de péripatéticienne louche qui susurre ses grosses saletés finit en disant "Ce mois-ci, en achetant Choc, vous participerez à l'aide humanitaire contre le tsunami".

QUELQU'UN A UN TUBE DE VOGALENE ???

C'est bon. J'ai ma dose. Ce soir, je vais me taper au moins 4 épisodes de rang de "The West Wing" et finir ma nuit en me replongeant dans "La fabrique de l'opinion publique" de Noam Chomsky.

Après, je serai calme.
Très calme.
Aussi calme qu'une nécropole post-nucléaire.
C'est dire.

mardi, janvier 11, 2005

I'm Jack's Wasted life

Dans 3 jours, Papa en aura fini avec la radiothérapie.
Demain, je vais l'aider à finaliser un article sur l'école et les deuils à Pardies au 18ème siècle.
C'est ça les historiens à la retraite... ils ne peuvent pas s'empêcher de continuer à farfouiller, étudier, diffuser, enseigner...

Un mois et demi pour sortir la tête du torrent de boue et des dégoulinades de confiture rance et putassière.
Xanax + Seropram : 1
Psyché : 0

Il n'y avait que la vieille équipe de Hara-Kiri pour être "bête et méchante" avec talent et intelligence.
Dans la vie quotidienne, ça donne juste des nuisibles décevants, des bateleurs d'estrade aux chevilles enflées et aux ego surdimensionnés, des faussaires du sentiment.
Salut Professeur Choron ! Tiens moi une place au chaud, le plus près des flammes ou du radiateur si possible : j'arrive !

Un grand merci au passage à 101010 et Georges Number 2 pour des raisons fort différentes mais dont la conjugaison a finalement eu un semblant de résultat.
Ils ne savent pas pourquoi mais moi, oui.

C'est comme dans Fight Club.
Vous prenez du jus d'orange surgelé, ça n'a pas grande utilité à part étancher la soif.
Vous prenez de la litière à chats, ça encombre mais ça ne fait pas de mal.
Vous mélangez dans des proportions de 3/3 avec de l'essence et ça donne un explosif ultra-puissant...
J'ai juste ressorti mes bidons d'essence et voilà tout...


Autoportrait

Edit : Et zut ! J'oubliais quelqu'un ! Mais lui non plus ne comprendrait probablement pas...
C'est Nadar.
Discret, sensible et subtil comme seuls peuvent l'être certains helvètes lausannois...